Les maisons closes






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maisons closes frontiere

Lingerie sexy, escarpins et maquillage Dans le silence de son appartement,
cette ancienne manutentionnaire d’une usine qui a fermé rassemble
lingerie sexy, escarpins et maquillage – ses «outils de travail»,
dissimulés sous un fauteuil.
«Aucun indice qui pourrait mettre les enfants sur la voie ne doit traîner».
Ce matin, c’est Katja qui est venue la chercher.
Dans la voiture il y a déjà Lise, 39 ans, qui vit du côté de Lille.
La Rifter démarre à peine qu’elle franchit déjà la ligne imaginaire
qui n’a de frontière que le nom.

99 % de nos clients sont mariés, cela change nos rapports aux hommes
c’est très difficile de leur faire confiance, après


C’est à ce moment que leur seconde vie commence.
Ces mères de famille changent de peau, de nom, de vêtements –
«une manière de fermer leur esprit
et de laisser leur véritable identité derrière elles».

La voiture file, direction Tournai, petite ville bourgeoise
à une demi-heure de route de Lille.
Il est 10 heures lorsqu’elles passent
la porte d’un immeuble que rien ne distingue des autres.
C’est Lili, 27 ans, qui accueille ses collègues.

Inès, originaire d’un village du Nord, dort sur place deux fois par semaine.
Serveuse de métier, cette jeune mère de famille «ne s’en sortait plus».

«J’ai eu ma fille à 17 ans.
Je travaillais trente-neuf heures pour le smic.
Même en faisant très attention j’étais toujours dans le rouge.»

Inès aperçoit alors une annonce pour travailler
dans un bar en Belgique comme «hôtesse»,
avec la promesse d’un salaire très engageant.
«Je croyais qu’ils cherchaient des entraîneuses de bar.
Quand j’ai compris, je suis partie en courant.»
Mais pendant deux mois,
surtout à l’heure de faire les courses, Inès ne peut s’empêcher de repenser
à la proposition de la patronne de La Porte bleue,
maison close où la quinzaine de femmes
qui y travaillent doivent reverser 50 % de leurs gains.

Elle finit par plonger. «Il y avait tellement de clients
que je ne pouvais plus m’asseoir»,
confie-t-elle dans un souffle. C’est le prix de la prostitution.
Et le salaire? Entre 3000 et 4000€ en moyenne, 5000 les bons mois, nets d’impôt,
auxquels viennent s’ajouter les aides sociales perçues en France.